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Benoît XVI : un pape indigné?

Il y a quelques jours, tous les médias ont fait leurs gros titres sur la mort de Stéphane Hessel, le père du mouvement des indignés. Un titre dont on l’a affublé parfois à tort et à travers et qui ne correspondait peut être pas tout à fait à sa pensée. Les rassemblements spontanés de ces milliers de personnes à travers le monde ne reposaient pas toujours sur un programme d’action très précis, alors que selon Hessel l’indignation était avant tout un prélude nécessaire à un engagement libre, résolu et raisonné. Le changement profond que cette figure morale appelait de ses voeux trouve à mon sens une illustration profonde dans la pensée d’un autre vieux monsieur, un sage, du nom de Benoît XVI. Joseph Ratzinger, un indigné? Oui, car sa réflexion et le moteur de son engagement prennent sa source dans l’enseignement de Jésus. Quelle subversion en effet que le message de l’évangile qui appelle à aimer ses ennemis et à mettre l’Homme au centre de toute action. A travers ses trois encycliques, le désormais pape émérite a rappelé au monde la force « révolutionnaire » du christianisme.

Celle-ci est avant tout celle de l’amour, de la « caritas » : « l’expression nécessaire de l’acte le plus profond de l’amour personnel par lequel Dieu nous a créés, suscitant dans notre cœur l’élan vers l’amour, reflet du Dieu Amour qui nous fait à son image ». Sans nier, l’éros, sa dimension proprement humaine, l’amour vrai nous conduit à nous décentrer de nous-même pour susciter en nous l’agapé, qui « nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit «tout en tous» (1 Co 15, 28). »

Cet amour ne se réduit pas, on l’a bien compris, à une dimension purement philanthropique. Elle est objet de foi et d’Espérance puisqu’elle prend sa source et trouve sa fin en Dieu. En cela, la deuxième encyclique de Benoît XVI : « Spes in salvi » est le corollaire nécessaire de cette réflexion sur la subversion de l’amour. La transformation du monde suscitée par la caritas n’est possible que grâce à cette « rencontre avec l’espérance… plus forte que les souffrances de l’esclavage ». Plus révolutionnaire que toutes les espérances terrestres, dont les système totalitaires du XXème siècle, n’en étaient que les caricatures, l’espérance chrétienne, nous a rappelé avec force Benoît, a un visage, celui du Christ ressuscité.

Loin d’être des dispositions éthérées, cette espérance et cette charité doivent influer sur les structures de notre société, notamment dans  le domaine économique et financier. Tel est l’objet de sa troisième encyclique, « caritas in veritate »: la charité dans la vérité. Là encore, il s’agit de remettre l’homme au centre. Ce dernier ne doit pas être le rouage utile de l’économie de marché. A la logique du profit en dépit de l’homme, le pape indique une autre voie, plus explosive que tous les systèmes libéraux et marxistes réunis : la logique du don. « Parce qu’elle est un don que tous reçoivent, la charité dans la vérité est une force qui constitue la communauté, unifie les hommes de telle manière qu’il n’y ait plus de barrières ni de limites.« 

Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de l’héritage de la pensée de Benoît XVI dans la vie de l’Eglise et du monde. On a voulu la réduire aux caricatures forgées par les couacs de communications relevés durant son pontificat. A plus long terme, les retombées de sa réflexions seront autrement plus fortes. Dans la discrétion d’une parole, dans l’humilité d’une attitude, il nous aura offert un enseignement plus profond qu’il n’y paraît. Et de sa retraite « monastique », la fécondité de son enseignement continuera à porter un fruit. Ni douceâtre, ni amer. Un fruit de vie.

Par vuetentendu le 4 mars, 2013 dans Non classé

  1. Très bon texte ! Je partage globalement ce point de vue. J’ajouterais aussi la dimension écologique de Benoît XVI : il est un grand défenseur de l’écologie environnementale et humaine, en paroles et aussi en actes (panneaux solaires, compensation des émissions carbones par une forêt bioclimatique en Hongrie…).

    Commentaire by Charles Vaugirard — 4 mars 2013 @ 12 h 16 min

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